Thursday, July 11, 2013

Stanciova : Une ferme où les étrangers travaillent gratuitement

Stanciova : Une ferme où les étrangers travaillent gratuitement

Un vaste réseau international dans des dizaines de pays propose d'aider bénévolement des agriculteurs biologiques.

Écrit par Radu Catalin.
Traduit du roumain, recherché et documenté par Paul-Vincent Hubert.

Crédit Photo: Sebastian Tataru





Stanciova, à la ferme pour huit jours de travail qui commencent à six heures du matin. Trois Canadiens apportent des récipients en plastique à la pompe à côté de l'école, et un quatrième, venu d´Autriche en Roumanie spécialement pour ramasser du foin pour les animaux. C'est son activité préférée. En Roumanie, la plupart des gens issus des zones rurales les fuient au profit des villes. Pour eux, voir des étrangers de tous les continents participer au fauchage et au désherbage reste inexplicable.

En fait, c'est assez simple. D´un côté, il y a les partisans de l'agriculture biologique ou traditionnelle, où le travail est dur, mais vous donne satisfaction immédiate. De l´autre, une multitude de gens venant de pays beaucoup plus « avancés » que la Roumanie, n´y trouvent pas de telles initiatives, et n´ont pas envie de drones télécommandés.

La maison va fêter ses cent ans.

Les propriétaires de la ferme ont choisi le réseau WWOOF Roumanie (World Wide Opportunities on Organic Farms,  "Opportunités mondiales pour l'agriculture biologique"), depuis quatre ans près de Timişoara, à Stanciova. Les 30 kilomètres de route vers le village, après avoir traversé les collines striées des vignobles de Recaş, vous mènent sur une route rurale avec limitation de vitesse auto-imposée à 20 kilomètres par heure vers Stanciova.

Parmi les 400 âmes du village, la maison a été créée en 2009 par Teodora Borghoff. Mieux connue pour son rôle en tant que présidente du projet de «Timişoara, Capitale Européenne de la Culture 2021“, elle a décidé de se retirer  au calme dans la belle campagne de Recaş. Achetée par son mari en 2003, la maison est typique: fabriquée en adobe (briques constituées d´argile et de paille hachée), elle dispose de trois chambres, dont deux pour les visiteurs, d´une cuisine d'été et deux débarras. « Elle a été rénovée par des artisans du village. J'ai gardé le four à pain, le fumoir à viandes, en essayant  de rester traditionnel», explique Teodora Borghoff qui tient en respect le chien Bobi, veilleur zélé pas seulement pour les intrus. En outre, lors de la visite de la ferme, qui est roumaine depuis toujours, vous serez surpris de découvrir des « étagères faites par un charpentier anglais », du « plâtre fait par un Australien » ou une cloison « en plessis de Robinier fait par un flamand ». Mais ça a également bien fonctionné pour plusieurs réalisations par des japonais, malaisiens, néerlandais et chinois.

Crédit Photo: Sebastian Tataru

Transformer un ordinateur portable en vache

L'idée d'acheter une ferme est venue à Teodora et à certains de ses amis après l'obtention d´un diplôme. Puis ils ont arrêté de rêver pendant un certain temps et, cherchant quoi faire, ont couru les villes à la recherche d'emplois ou une alternative. Finalement, ils ont choisi l´alternative. Tout en travaillant, son mari à la construction et Teodora, au conseil, les priorités sont devenues plus évidentes. « Je me suis réveillé à un moment donné dans la file d´attente à ... (un magasin d'électronique connu). On était sur le point de payer un ordinateur portable et j'ai pensé: « Avec cet argent on pourrait acheter une vache ! » J'ai redonné la machine, et maintenant j'ai une vache et deux veaux dans l'étable », dit la propriétaire de la ferme.

Actuellement, elle est adepte de concepts tels que l'agriculture biologique et la permaculture. Au jardin et dans la maison, ils travaillent de Février à Octobre, avec 15-20 bénévoles venant de partout dans le monde. Ils sont généralement jeunes, commencent à voyager afin de se trouver et se retrouver. Ils visitent tous les continents, voyagent d'une ferme à l´autre au travers du réseau WWOOF, où les discussions se font directement entre les bénévoles et les producteurs. Le bénévole fournit son temps pour travailler à la ferme, et ses compétences, et la ferme offre un hébergement décent et des repas quotidiens, en plus de propositions de loisirs. À Stanciova, par exemple, il ya des livres afin d´apprendre la culture et la langue roumaine, des jeux de société, mais également des projections de films dans la grange et bien d´autres.

En vélo depuis Galați

Cette année, on compte presque 15 volontaires au début du mois de Juillet. L'un d'eux est venu en vélo depuis Galați (une ville sur le Danube tout à l´est du pays). Il s'appelle Victor, a 27 ans et voyage de ferme en ferme dans toute la Roumanie. Stanciova est la sixième où il s'arrête. «J'ai trouvé sur Internet comment voyager sans argent, et j´ai trouvé ça très intéressant. L'une des suggestions était d'éviter les villes, car là tout fonctionne avec l'argent. Donc, j´ai trouvé cette organisation, l'ai rejoint, envoyé des courriels aux propriétaires de fermes bio et a continué à visiter le pays. Je peux dire que j'ai fait une tournée  « européenne » en Roumanie, parce que les propriétaires de fermes étaient jusqu'à présent néerlandais, français et allemands », témoigne Victor.

Le nombre de personnes qui entre dans la ferme à Stanciova attire évidemment pas beaucoup l'attention de la communauté. « Au début, on était comme des étrangers car nous vivons dans une maison commune. Tout le monde pensait qu´on était une secte. Même ma mère le croyait, mais comme mon mari est spécialiste en relations publiques et travaille à la mairie de Recaş alors les opinions ont évolué » dit Theodora. Enfant de la ville, issue de la génération Y (la « génération pourquoi »), elle redécouvre la vie à la campagne et apprend autant sur les cultures que sur la nature, et transmet avec plaisir à ceux qui s´y intéressent. « Ne vous y trompez pas, nous ne sommes pas missionnaires, et on ne va pas frapper à la porte des gens pour expliquer ce qui est bon ou ce qui ne l’est pas. Par contre, si quelqu'un veut venir voir ce qu'est la vie ici, et apprendre, il n'y a  aucun problème», ajoute Teodora Borghoff.

Crédit Photo: Sebastian Tataru

Une campagne où les parents redécouvrent l’enfance

La ferme a également reçu trois Canadiens du Québec visité l´Europe en auto-stop. Tous ont environ 20 ans et ont traversé le monde à la suite d'une grève étudiante qui a débuté en Février 2012 jusqu´à fin Octobre. Après quelques jours passés à Stanciova, ils ont dit que la Roumanie est un beau pays avec des gens sympas. Une autre expérience intéressante est celle de Linda, 21 ans. Elle vient pour la quatrième fois en Roumanie : « J'aime ce pays, c´est plus naturel et sauvage ici. L’écovillage Stanciova est mon préféré, et, surtout, j´adore ramasser le foin», dit Linda, tout en retirant les noyaux de cerises pour faire des confitures. Il ya quelques années, la jeune autrichienne a amené sa mère dans les Maramures pour les vacances (une région traditionnelle de montagnes, au nord du pays). « C'était génial, presque irréel car Maman a retrouvé son enfance. Elle regardait autour d´elle et disait sans arrêt : « On avait ça aussi avant ! Et ça aussi ! » » Dit Linda. Dans la cuisine d'été, M. le Chat cherche les ennuis et se fait expulser rapidement dans le jardin. Une fois qu´ils ont terminé la cueillette des cerises, les Canadiens commencent à creuser. Ils s´apprêtent à construire la dalle d´une sorte de terrasse à l'ombre que les volontaires puissent se reposer après le travail lors des chauds après-midis de Stanciova.

Crédit Photo: Sebastian Tataru


Trouver l'écovillage sur la carte:

Le site internet de Stanciova (en anglais):



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